10 septembre 2012

LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012 23h20

Le néon clignote sur mon oreiller. Je pense que le Vieux et la Vieille se détestent mais jouent le jeu du foyer parfait auprès de moi. Qu'est ce qui peut bien amener deux personnes à se détester comme ça? Il vaut mieux être seul.

Je ne risque pas de tomber dans ce piège, vu mon allure personne ne s'intéressera jamais à moi. D'ailleurs pour demain j'hésite à ressortir la panoplie.

En parlant de panoplie... je viens de repenser à un truc horrible... j'ai cours de sport demain et je n'ai plus d'affaires de sport. Il faut dire que j'ai pris le strict minimum quand j'ai quitté l'ancienne famille, il fallait ne pas traîner, et j'avais besoin de laisser tous les souvenirs qui pouvaient me ramener en arrière.

Pour en revenir au sport, c'est ma hantise. Se changer devant une brochette de top models alors qu'on est plutôt une taupe modèle. Porter des vêtements de sport qui de toute façon mettront en valeur mes bourrelets. Faire des efforts physiques insoutenables devant un prof militaire. Prendre des positions ridicules lors des roulades avant-arrière et poirier. Sans parler de la corde ou des barres parallèles qui pourraient céder sous mon poids. Et de l'endurance qui se finira à l'infirmerie.

Je me demande si je vais réussir à dormir.

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LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012 17h20 : THE BIG DAY!

Tout s'est très mal passé. Comme prévu. C'est toujours pareil. Je suis faite pour être ridicule.

J'avais opté pour la tenue sobre. Si je peux passer inaperçue le premier jour c'est déjà bien. Une journée neutre, sans émotion, comme un robot. C'est ce que je voulais. Une journée sans saveur, sans odeur, sans couleur.

Et bien non, le destin en a décidé autrement. Et comme je n'avais pas ma tenue de guerrière, de moi on n'a fait qu'une bouchée. Du coup la journée a une saveur amère, une odeur qui pue et une couleur de mauvais goût, criarde des années 70. Pourtant j'étais en noir et gris, presque transparente.

La journée a mal démarré. La Vieille s'est vexée car je n'ai pas voulu son petit-déj. J'étais nouée, la gerbe. Elle est presque devenue autoritaire : « ah non tu vas pas me faire le coup de l'anorexique-boulimique, j'ai déjà donné... et après tu vas te plaindre que je ne te nourris pas... allez mange! » Quand elle était à la cuisine, j'ai tout refilé au chien qui rodait autour de la table. Il a gobé mais ça fait une tache grasse et collante par terre. Pourvu que la Vieille ne voie rien.

Mon lycée est à 500 mètres. Comme ça c'est comme si je vivais dans le lycée! Le rêve, pas de coupure entre la maison et l'Enfer.

Pourquoi les directeurs d'école en font-ils des tonnes? Je devais me présenter avec 15 minutes d'avance, à 8h30 donc. Il a d'abord commenté mon dossier scolaire, expliqué plein de trucs administratifs qui m'ont fait décrocher. Et puis les avertissements d'usage pour asseoir son autorité. Il a bien laissé passer la sonnerie. J'ai commencé à stresser, me disant que j'allais arriver en retard dans la salle et que tout le monde allait me dévisager de haut en bas jusqu'à mes cellules graisseuses et mes fesses trop larges.

Les minutes passaient, le directeur prenait son temps. Puis il me donne mon emploi du temps de première, je panique, ça déborde par tous les trous. J'ai droit aussi à une liste de livres à acheter. Il se lève. Je dois le suivre? Il m'annonce qu'il va me présenter à toute la classe. Les quelques mètres sont un supplice. J'ai envie de vomir. Il frappe, tout le monde se lève alors que la concentration n'avait pas l'air d'être au top. Tout le monde était en plein débrief studieux sur son week-end et la prof écrivait des trucs mécaniques au tableau. Il me pousse en avant comme un pion. Je rougis, je détourne le regard, je regarde le plafond et la fenêtre. Je n'entends ni ce que me dit la prof, ni le dirlo.

La prof me fait un signe de la main, je crois qu'elle m'indique une direction, une table vide au fond. J'adore le fond, c'est mon endroit préféré. Toute la classe se retourne vers moi et suis chaque centimètre de mes mouvements. Je sens que ça va être bon, pas de catastrophe en vue avant de devenir transparente. Le Dirlo met les voiles en demandant aux morveux de me « réserver le meilleur accueil » et de partager avec moi les cours perdus. Il est parti, encore dix secondes de supplice. La prof de Français reprend le cours. Je m'asseois délicatement sur la chaise. Mais un truc est louche. Les regards restent sur moi comme s'ils n'avaient rien d'autre à faire... J'enlève mon blouson gris... et là patatras. L'assise de ma chaise glisse et je tombe au sol comme une météorite de plusieurs tonnes. Dans ma chute j'entraîne toute la chaise avec moi. Passé le quart de seconde où l'assemblée vérifie que je n'ai rien de grave, le rire prend la foule à la gorge et ça ne s'arrête plus. Et les compliments fusent : « la baleine », « la truie », « le flop », « elle a cassé la chaise la grosse ».

A ce stade je suis rouge écarlate, j'ai des plaques de stress sur le visage et dans le cou. « T'as vu c'est une cocotte minute ». Deux filles, particulièrement jolies et bien fringuées, sont mdr devant moi. Elles sont au spectacle. La prof appelle au calme, mais cet événement les réveille, les anime. Ils n'attendaient que ça, c'est le scoop du jour. La grosse nouvelle qui a raté les premiers jours vient de s'écraser au sol dès sa première minute dans la classe.

Et là je réalise que je ne m'en remettrai jamais. Cette chute va donner la couleur de ma prochaine année dans ce lycée. Je suis désespérée.

Finalement, je me suis remise debout et j'ai cherché une autre place vide. Et j'étais paniquée, je me demandais si je n'allais pas aller pleurer aux toilettes ou m'enfuir à tout jamais. La prof m'a alors désigné une place devant à côté d'un type. Tout ce dont je me souviens ensuite c'est que le type sentait la sueur et était habillé en noir et gris comme moi.

A la cantine j'ai mangé toute seule, de toute façon mon appétit était indécent de frustration, je n'étais pas belle à voir et comme je n'avais rien mangé le matin, ce fut un ravage. Je pensais que la journée se terminerait comme ça et qu'on ne pouvait faire pire. Mais à la pause de 15h30, j'étais aux toilettes des filles, enfermée à double tour, et j'ai surpris une conversation entre deux filles :
-T'as vu la chose qu'on s'est coltinée!
-On dirait un blob
-C'est fou comme ce genre de looseuse attire toujours les problèmes
-Un vrai aimant
-C'est quoi un aimant... tu veux dire un amant?
-Et elle a fini par retrouver ses semblables
-Ah oui David le putois!
-Et quel goût...
-Le plus mauvais qui soit, on se croirait à l'hôpital
-C'est pas étonnant pour deux cadavres...
Elles ont ensuite gloussé. Je n'ai pas compris tout de suite, mais au dernier cours, j'ai demandé à mon voisin attitré qui pue comment il s'appelait et il a répondu David. Alors là ce fut la chute, les deux garces des toilettes parlaient de moi! La déchéance. Ce qui me console c'est qu'une des deux semble complètement idiote. C'est ma consolation.

Je suis rentrée dévastée. Et j'ai mangé du nutella devant la télé avant de réaliser que le pot était périmé. Je ne me sens pas malade. Seulement grosse. Et puis je n'ai pas faim alors que la Vieille semble s'être mise aux fourneaux.

Mais qu'est ce que je vais devenir dans cet Enfer?

Posté par sarah_ugly_fat à 17:20 - Commentaires [2] - Permalien [#]