15 septembre 2012

SAMEDI 15 SEPTEMBRE 23h05 : FRISSONS...

Je reprends là où j'ai laissé l'histoire de cet après-midi. Et quand j'y repense, j'en ai froid dans le dos.

En pleine phase de Pretty Woman gothique, on frappe à ma porte, je suis paralysée, la porte s'ouvre et la Vieille qui est rentrée de courses sans que je m'en rende compte me surprend avec le blouson volé. D'habitude le chien s'agite avant son retour : pas ce coup-ci, trop vieux le clebs! La Vieille se fige en même temps que moi, prise la main dans le sac. Je prends un air coupable malgré moi qui l'encourage à ne faire qu'une bouchée de la grosse et moche que je suis. Elle met sa main devant sa bouche, son visage esquisse une émotion, pour la première fois depuis mon arrivée, avant de sombrer dans le masque de pierre... et la colère.

Elle se met à hurler sur moi, j'ai oublié la moitié de ses paroles tellement j'étais paniquée : « Mais qu'est-ce que tu fais avec ça? Qui t'a permis? Tu fouilles une fois que j'ai le dos tourné? Tu voles? T'es une petite voleuse? C'est pour ça que personne ne veut de toi? » Des phrases qui résonnent douloureusement.

Elle se jette sur moi et m'arrache le blouson. Elle me donne une gifle. Je tombe sur mon lit après la violence du geste. Elle me menace à nouveau de prévenir Rondin. Et claque la porte en répétant les mêmes phrases violentes.

Je ne me remets pas de ce moment. Suis-je à nouveau tombée chez les fous? Ou bien c'est moi la tarée? Est-ce si mal ce que j'ai fait? Je voulais en savoir plus sur l'endroit où je vis et sur les gens avec qui je vis pour me sentir mieux. Me sentir un tout petit peu chez moi.

Conclusion : je me suis mise la Vieille à dos, le foyer à mon avis n'est pas loin! Et ça c'est pire que la solitude. Je regrette aussi de ne pas m'être défendue... Pourquoi cet air coupable tout de suite? Pourquoi ne pas avoir essayé de l'amadouer?

Ce soir elle n'a pas préparé de dîner et ne me parle plus. C'est pas grave, si je peux économiser quelques kilos.

Ça y est le Vieux vient de rentrer d'on ne sait où. J'essaie d'écouter ce qui se passe dans le salon. J'en reviens pas, elle lui répète tout, et il ricane. Et enfin le pire se produit, elle lui annonce qu'elle préfère se débarrasser de moi...

Mon sang ne fait qu'un tour, je vais exploser.

Je n'en reviens pas de ce que je viens de faire. Je me suis précipitée hors de ma chambre et j'ai réagi bouillonnante comme un volcan en fusion :
- C'est n'importe quoi votre réaction, tout ça parce que j'ai essayé un blouson devant un miroir! Je suis pas une voleuse et ça Mme Rondin le sait. Mais par contre elle risque de ne pas aimer la claque et encore moins le geste contre le lit. Adieu votre statut de famille d'accueil...
- Han espèce de petite menteuse! a-t-elle réagi, visiblement surprise et dérangée par cette nouvelle facette de la petite grosse transparente.

Les deux restaient bouche bée après une semaine de gentille Sarah, fragile prête à être écrasée comme un chewing-gum. La peur de retourner au foyer m'a fait sortir de mes gonds. Le Vieux semblait presque satisfait de cette scène car après la surprise, le rictus!

Je suis repartie m'enfermer dans ma chambre. Ils ne doivent pas comprendre ce qui se passe. J'ai mis des boules quies sur mes oreilles, et retranscrit tout de suite ces quelques mots pour ne pas oublier qui je peux être, parfois.

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SAMEDI 15 SEPTEMBRE 18h30 : HANTE!

Un mystère en moins, un scandale en plus, une ambiance explosive. Je fais que des boulettes dans ma vie.

Le Vieux s'est absenté dans l'après-midi. Il a l'air d'être à la retraite. Puis la Vieille est partie faire des courses. L'antre était accessible, l'occasion trop bonne.

Porte de leur chambre ouverte, ça ne m'intéresse pas vraiment. Ça sent la Vieillesse. Pas de mystère, je le sens. A part une grande sécheresse, un désert du cœur.

Porte du dressing, je l'ouvre, j'observe. Très bien rangé. Terne, dégage des mauvaises ondes. Je fiche le camp illico.

Je passe devant la porte avec le dessin. On dirait un dessin d'ado. Un manga? Je n'ose pas frapper ou tenter de rentrer. Je décide de passer le tour provisoirement.

Porte du bureau (enfin ce que j'imagine être un bureau), de toute façon fermée, et puis ça pue le tabac.

Je tente les portes anonymes : je mets ma main sur la première, j'écoute mon courage d'ado peureuse, et hop je tente le coup. Argh, fermée! Puis celle tout au fond du corridor sans fin : même méthode, une seconde de préparation, et hop! Fermée.

L'explo tourne au vinaigre. Mais je n'ai pas eu mon compte de sensations fortes... Retour vers la porte mystère. Je colle mon oreille indiscrète, je n'entends rien. Un rire, je sursaute! Ou serait-ce un sanglot? Je frissonne, je retourne vers ma chambre, je m'enferme à double tour.

Puis un nouveau rire me fait tressaillir. Mais ça vient de la rue, qui pullule le week-end d'adolescents gloussants. Et si je m'étais trompée? Un bruit de la rue? Je suis tellement lâche qu'une ombre me ferait hurler.

Allez, ma fille, bouge ton gros cul de moche et grosse, surmonte l'angoisse! Je me lance alors un défi débile : si tu n'ouvres pas cette porte, tu resteras grosse et moche toute ta vie!

Qu'est-ce qui faut pas faire pour devenir belle et mince!

Je me transforme en Terminator, galvanisée par l'enjeu vital de ce défi, ma citrouille pourrait devenir un carrosse. Est-ce que c'est possible? Est-ce que je peux signer un accord comme ça avec Dieu, ou le Diable, ou un ange gardien?

Je me lève, j'avance comme un chat à pas feutré jusqu'à mon défi. Je frappe! Comme une idiote! C'est sûr que si un psychopathe se cache derrière, il aura le temps d'aiguiser son couteau et de m'embrocher comme dans les films d'horreur. Qui m'attend derrière? Le masque de Scream, de Jason, de Freddy, de Michael Myers?

La poignée se tourne... c'est équivoque, non bien sûr c'est moi qui la tourne. La porte s'ouvre...sur une pièce lumineuse, dans un brouillard de poussière ensoleillé. Quel étrange sensation... je n'ai plus peur... il n'y pas de serial killer, pas de fantôme vengeur a priori. Je vois de vieux posters de ringards que je n'ai jamais connus. La peinture blanche est jaunie et marquée par les posters. Un lit, un bureau, une moquette tachée... et si c'était du sang? Je me fais un nouveau film dans ma tête. Et si la Vieille était une tueuse d'enfant...

Les tiroirs du bureau sont vides et bloquent la suite de l'histoire.

Une grande penderie close attire et attise ma curiosité. Mon défi ne sera pas parfait si je n'ouvre pas cette penderie maléfique. C'est la clé de mon destin. Après je serai une héroïne. Je tourne la petite clé de la serrure, elle me résiste la garce! Puis avec un peu de doigté la caverne s'ouvre.

Quelle déception, ou plutôt quelle horreur, des vêtements, des chemises, une robe. Rien de moderne. Et si la Vieille rangeait simplement ses vieux vêtements, encore moins mettables que le reste, ici. Comme un vieux trésor qui n'aurait de valeur que pour elle. Pfff c'est pas avec ça que j'ai réussi mon défi, adieu la beauté mince que j'aurais dû devenir. Ni Dieu, ni Diable pour me récompenser.

Un seul truc attire mon œil fashion : oui c'est bien ça, un blouson, un Perfecto? Est-ce que la Vieille pourrait porter ce genre de chose? A-t-elle été une rockeuse dans sa jeunesse? Ou bien le Vieux? Je suis atteinte de gourmandise aiguë, je décroche le blouson comme s'il me persuadait de l'emmener avec moi...

J'efface toute trace de mon passage... je referme la porte ... j'emporte mon butin dans ma chambre et je décide illico d'essayer le blouson avec les Newrock. Quelle classe! De la distinction, de la rébellion, et même une pointe d'autorité qui pourrait faire peur.

Je n'arrêtais pas de tourner sur moi-même comme une fashion victim narcissique, et le reste du monde s'effaçait. Je m'aimais enfin pour quelques instants volés à ma nature profonde. Je n'entendais pas ce qui pouvait se passer autour de moi. Et pourtant le pire se préparait...

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SAMEDI 15 SEPTEMBRE 13h20 : EXPLORATION

Une semaine après mon arrivée, il est temps que j'explore l'appartement. Nous sommes au 2ème étage qui donne sur une rue semi-piétonne. L'entrée donne très vite sur la pièce principale, un grand salon-salle à manger qui donne lui-même sur un comptoir ouvert de la cuisine taillé dans le mur. Le Vieux peut ainsi à tout instant mater la télé et sa femme aux fourneaux.

Un couloir part du salon vers mon débarras transformé en chambre, et il y a une collection de portes dans ce couloir qui mènent je-ne-sais-où. Je compte 8 portes en plus de mon cagibi-dortoir. Alors je connais deux portes, salle de bains et toilettes. Pour le reste je n'ai pas été présentée! Et j'en ai rêvé la nuit dernière de ce couloir, j'essayais d'ouvrir toutes ces portes inconnues et la Vieille me prenait en flagrant délit. Elle me disait qu'elles étaient fermées pour mon bien. Ce qui excitait encore plus ma curiosité et ma peur aussi.

J'ai donc décidé de suivre les allées et venues. J'ai facilement retrouvé leur chambre et la porte n'est pas toujours fermée. Une chambre austère et ringarde. Le lit est encastré dans un meuble. J'aurai peur que l'étagère me tombe sur la tête pendant la nuit.
J'ai repéré un dressing poussiéreux. Tous les vêtements des Vieux. Il reste quatre portes inconnues.

Évidemment du parquet pour entendre qui fait quoi à toute heure. Un chien qui malgré son âge avancé surveille ce qui se passe. Pas facile d'explorer en toute discrétion. Il y a une porte avec un dessin et je l'ai vue, la Vieille, rentrer une seule fois dans cette pièce. Et là aujourd'hui bingo, elle y retourne. J'ai l'impression qu'elle parle avec quelqu'un là-dedans. Mon dieu si elle maintenait une pauvre fille comme moi enfermée, depuis des siècles dans cette pièce. J'ai repéré que le Vieux avait un bureau qu'il prend soin de refermer à clé. J'ai l'impression qu'il fume là-dedans.

Comme il y a du trafic dans ces pièces, il faudrait que j'aille jeter un œil, surtout dans la pièce secrète de la Vieille. Il reste deux portes anonymes totalement, qui peut-être ne dévoileront jamais leur histoire. Et qui resteront source d'horribles fantasmes pour moi.

Je suis irrésistiblement attirée par ce couloir et ces portes. Et je tremble à chaque fois à l'idée de tout ce qui s'y cache. Les Vieux, je ne les connais pas, et ils ne parlent pas beaucoup. C'est leur appart' qui s'exprime pour eux avec tous ses mystère.
Et puis la déco est vieillotte de bout en bout. On dirait qu'on a laissé l'appart' tel quel depuis 30 ans et ça exacerbe encore plus mon imagination...

Posté par sarah_ugly_fat à 13:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]