31 octobre 2012

MERCREDI 31 OCTOBRE 22h10 : HALLOWEEN...PAR LA FENETRE!

Après le dîner ce soir, je mangeais un yaourt debout dans la cuisine. Le Vieux avait l'air pensif presque nostalgique. On ne se parlait pas mais on était bien. Je ne sens plus de gêne avec lui. Mais l'absence de la Vieille partie chez sa sœur contribuait grandement à cette ambiance sereine.

Il m'a regardée un instant avec le sourire, attendri comme si j'intervenais soudainement dans la petite histoire mystérieuse que le Vieux était était en train de se dérouler.

« Elle avait des très bonnes notes à l'école. C'était une élève parfaite ».

Ses yeux sont repartis dans le vide et la tristesse. Je n'ai pas bien percuté tout de suite. J'ai froncé les sourcils, pouffé bêtement. Puis mes neurones se sont connectés. Il venait de répondre à ma question de la semaine dernière. Une semaine pour décanter...

Arriverai-je un jour à lui poser la question qui me brûle les lèvres? J'ai trop peur de casser ce petit havre de paix social que j'ai établi avec lui.

Un cri hystérique de glousseuse en rut vient de me déconcentrer. Je vais voir à la fenêtre.

Et là surprise, j'avais oublié que c'était le soir d'Halloween. Un héritage américain, envoyé en masse par l'arme commercial nucléaire. Mais ici le phénomène a fait pshitt, à part à Disneyland Paris! Et à part dans ma rue où une bande de jeunes s'apprêtait à se faire une soirée de folie. Je maudis cette fête de l'obésité où on est forcé de manger toutes ces cochonneries sucrées pour remplir les caisses des confiseurs.

Hey!!! Mais qui vois-je en sorcière, c'est Ashley! Ça lui va comme un gant. Tiens cette fête lui va aussi comme un gant. Avec un prénom pareil. Je me demande si une Ashley ne se fait pas zigouillé dans Halloween 32.

Oh non, il y a Alyssa, en Amazone. La féminité en force accompagnée de son petit ami « Tête d'ange » déguisé en ange! Ils sont très beaux tous les deux, bien mis en valeur par la sorcière-potiche à côté. Je croyais qu'on devait se déguiser en monstre qui fait peur. De toute façon, Alyssa est monstrueuse naturellement, pas besoin d'accessoire. Ça se lit dans ses yeux!

Je me demande à quoi va ressembler leur soirée... ils vont briller, s'aimer, être désirés, se transformer en centre du monde, en Soleil. Ils dégoulinent de charme dans la rue et tout le monde les admire. En particulier une grosse patate par la fenêtre de sa chambre. Je vomis cette fête d'Halloween.

Je vais travailler sur une dissert'... ou manger une cuillère de Nutella... devant un épisode de Desperate Housewives.

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30 octobre 2012

MARDI 30 OCTOBRE 23h50

Je relis ces dernières lignes et je réalise que même des enfants me piétinent. Comment s'aimer et se respecter quand des nains pré-pubères ne font qu'une bouchée de moi?

Je me rassure sur les jumeaux, c'est le père en acier qui m'a fait faire pipi dans la culotte. Au sens figuré, au fait. Je suis une poule mouillée, pas une incontinente.

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MARDI 30 OCTOBRE 18h20 : FONDATIONS

J'étais dans une famille d'accueil habituée à l'exercice. Une usine d'accueil! Les parents avaient des grands enfants qui avaient quitté récemment le foyer. Restait leur benjamine âgée de 9 ans. La petite fille était belle, craquante, intelligente, vive. Et tout le monde s'extasiait devant elle, la petite Céliane. Une petite star bien dans sa peau.

Il y avait une autre pièce rapportée avec moi. Un ado de 16 ans nommé Rémy, qui partageait avec moi le statut de figurant dans ce foyer rythmé par la Céliane. Rémy était plutôt réservé et hyper mal à l'aise en public. Un peu comme moi. Mais c'est tout ce que nous avions en commun. Il adorait le sport à la télé, la F1, les scooters, des trucs de mec hyper cliché! Et moi, même si je ne suis pas un exemple de féminité, j'ai horreur de tous ces codes virils où on ne parle que de mécanique, de cylindrées et de transfert de joueur de foot décérébré. Bref un fossé. Et puis je suis un peu autiste naturellement.

Céliane, la gamine girly complètement orientée par la télé était obsédée par les « amoureux ». Et malheureusement elle s'est réveillé un beau matin avec l'envie de nous caser ensemble Rémy et moi. Un petit cupidon bienveillant? Mmmh plutôt une petite peste lourdingue qui se fait passer pour un ange.

Nous marier est devenu son petit jeu préféré avec le temps. Une situation inédite pour moi : une petite fille de 9 ans prenait le pouvoir sur moi! Un harcèlement de mineure à mineure avec la bénédiction gâteuse des parents en admiration devant tant de « bonne volonté ». « Plus tard je serai marieuse » : voilà qui générait un tonnerre d'applaudissements.

Elle nous enfermait lui et moi dans une pièce pendant une heure en espérant qu'il se passe quelque chose. Elle insistait lourdement pendant les repas et sans se lasser. Et un jour elle a dépassé les limites : elle a ouvert la porte de ma chambre pile au moment au j'étais en train de me changer et cette petite peste tenait Rémy par la main. Les deux m'ont vu en culotte et le haut tout nu. Rémy est devenu tout rouge et elle a gloussé!

Cachée par un T-shirt saisi en catastrophe, je me suis précipitée vers elle en lui hurlant dessus. Au début elle faisait la fière impassible et muette, réfugiée dans un sourire malicieux, presque pervers. Rémy, sentant la situation dégénérer a pris la poudre d'escampette. La petite m'a sorti alors innocemment :
- Je voulais qu'il te voie toute nue
- Tu m'espionnes?
- Ben par le trou de la serrure, c'est facile! assura-t-elle se croyant plus intelligente que tout le monde
- Tu veux une claque?
- Essaie pour voir!

Et là, ce fut plus fort que moi, je l'ai poussée sans la gifler. Un compromis entre la colère et la raison.

Céliane s'est mise à pleurer en hurlant et quand sa mère est arrivée, Céliane a mis sa main sur sa joue en frottant fort. Sa mère n'a même pas eu besoin de lui demander ce qui s'est passé et s'est jetée sur moi :
- T'as pas honte de frapper une gentille petite fille sans défense? Elle veut que ton bien et toi tu la bats?
- Mais enfin j'aurais jamais fait ça...

La petite fille avait tellement frotté sa joue, que la preuve était bien là... Ma vie dans la famille n'a pas duré très longtemps après ça. Et j'ai été cataloguée « fille violente ».

Un peu de foyer et une nouvelle famille marquée par l'autorité et la discipline. J'ai découvert l'angoisse, l'anxiété au quotidien, la boule au ventre qui ronge l'énergie du matin au soir.

Le père était d'une sévérité incroyable : son physique en imposait, sa voix résonnait, et je sentais la violence dans ses gestes rapides quand il s'énervait contre une table, une chaise, le canapé et parfois contre sa femme. Je le sentais sur le fil du rasoir sans avoir jamais rien vu de réel, de physique. Ses jumeaux et sa femme ne mouftaient pas! La peur commençait à m'empoisonner à tel point que je préférais être à l'école. Une peur toxique dans l'attente d'un événement dramatique imminent.

Un jour il m'a demandé de babysitter les jumeaux tout un samedi après-midi lors d'une absence avec sa femme. Une fois partie, les monstres de 11 ans se sont déchaînés : c'était un espace rare de liberté dans une vie étouffante. Évidemment je n'avais aucune autorité sur eux d'autant plus que je vivais la même chose : une envie folle de me lâcher!

Pendant que les gamins jouaient au ballon dehors dans la boue puis dans la maison, les pieds crottés partout, je me goinfrais devant la TV, dévalisais le frigo, dansais sur la musique comme une petite folle déchaînée et sans aucune conscience du résultat de ce lâcher-prise.

3 heures plus tard, la maison était ravagée : moi je m'étais occupée du frigo, de la cuisine et du canapé, les jumeaux du reste de la maison... Et j'avais testé du sirop pour dormir offert par les garçons, mmmh sucré et planant... autant dire que j'étais pas fraîche.

Jusqu'à ce que ça sente la fumée de cigarettes, puis le brûlé... j'ai alors remarqué de la fumée venant des chambres. Je suis allée voir, j'ai croisé les jumeaux qui sortaient de la chambre des parents, tout honteux. J'ai jeté un œil... le cauchemar : une poubelle en feu était en train d'embraser les rideaux!

J'ai fermé la porte. J'ai pris les gosses par la main et je les ai fichus dehors avant de me rendre chez la voisine pour appeler les pompiers en pleurs.

15 mn plus tard, les pompiers débarquaient, défonçaient la porte de la chambre pour découvrir que les rideaux avaient flambé sans autre dégâts. Et bien sûr les parents sont rentrés plus tôt pile au moment du départ des pompiers. Les parents ont serré leurs jumeaux tendrement sans même faire attention à moi. Cette trêve dura quelques secondes avant que le père sévisse...

Il m'a hurlé dessus prétextant que j'étais presque une adulte par rapport à eux et que j'étais dans tous les cas seule responsable. Puis il a voulu connaître le fin mot de l'histoire en nous réunissant de force sur le canapé enduit de chips. Je ne suis pas du genre à la délation mais face à un tel ogre, je n'ai pas traîné à balancer :
- C'est les jumeaux ils ont foutu le feu dans votre chambre.
- Non c'est pas vrai, elle ment! répondit illico un des deux.
- Elle a fumé une de tes cigarettes... , répondit l'autre du tac au tac.
- Avant de la jeter dans la poubelle qui a pris feu!
- Han les menteurs! trouvai-je lamentablement comme argument.

Face à ce foutoir, il a monté en pression, encouragé pour une fois par sa femme. Il nous regardait tour à tour furieux, puis a levé la main prêt à nous gifler à tour de rôle. Il a fait mine de battre un des jumeaux qui s'est recroquevillé, puis s'est rapproché de moi et a amplifié son geste. La gifle est partie mais je me suis jetée en arrière dans un élan de survie. Puis j'ai fui dans ma chambre en sanglotant de peur. Cette violence faisait écho à quelque chose d'indicible, de flou, de traumatisant.

Le père tenta d'ouvrir la porte mais je l'avais fermée à clé. A l'époque je disposais d'un petit téléphone portable offert par la famille. Ça ne pouvait plus durer, j'ai appelé Rondin en urgence en lui demandant de me sortir de là. Le père qui continuait à s'acharner sur la porte entendit la conversation et finit par abandonner.

Quand Rondin est arrivée, j'étais prostrée. Je n'osais même pas ouvrir la porte. Après un quart d'heure, je me résignai tremblante à affronter le monde. Je me suis jetée dans ses bras, et elle a compris que quelque chose n'allait pas.

La mère caressait le visage de ses fils et me foudroyait du regard au loin. Et le père rejetait toute la faute sur moi : « elle a fumé, elle a mis le feu, c'est une pyromane! ». La mère ajoutant : « on ne s'est absenté qu'une heure »

En partant je leur ai hurlé à la figure entre deux sanglots : « vous savez que j'ai rien fait à part mettre des chips sur le canapé! J'ai rien fait. Je fume pas, c'est vos fils là que vous terrifiez à longueur de journée qui ont besoin de se défouler »

Heureusement que Rondin était là, je me sentais protégée et libre de parler pour la première fois. Ma valise était faite, 5 minutes plus tard je quittais cet enfer pour de bon. C'était en décembre 2011... il y a moins d'un an.

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29 octobre 2012

LUNDI 29 OCTOBRE 15h30 : FONDATIONS

L'intérieur du blouson est en loques, je suis désemparée. Le Newrock a fini dans une friperie : c'est ce que le Vieux a balancé pour clouer le bec de la Vieille. Elle n'avait pas préparé de repas aujourd'hui, oubliant sûrement que c'était les vacances...

Tu parles d'une famille d'accueil. Mais avec mon passé je ne trouverai pas mieux, je suis un déchet de la DDASS à mon âge.

Et pourtant je n'ai pas l'impression d'y être pour grand chose. Les circonstances ont décidé à ma place. Un concours, une addition sans soustraction.

J'ai des souvenirs flous des premiers foyers, des premières familles, tout se mélange. Et il n'y a personne pour combler ces trous, ces manques, ces absences contrairement à tous les autres enfants dont les premiers souvenirs se construisent grâce au rappel permanent des parents et des grand-parents, des photos jaunies, des albums collants. Moi je ne pouvais pas compter sur les autres pour insérer ces briques manquantes, je devais déjà continuer et enchaîner sans cesse la construction du haut du mur, sans avoir de soutien pour colmater les fondations.

Du coup, mon mur de vie ressemble à un gruyère surtout en bas. Et celui-ci tremble à chacun de mes pas, de mes gestes et menace de s'effondrer régulièrement. Un travail de cochon, le maçon n'a pas eu son BEP de vie, ça c'est sûr. La seule personne qui revient souvent c'est la mère Rondin. Enfin « souvent », c'est relatif... on va dire celle qui reste quand tout s'efface!

Mes souvenirs se précisent vers l'âge de 10 ans, fin du CM2, début de la 6ème : c'est un âge où on prend conscience de soi et des autres, de son image, de l'image que les autres nous renvoient. Et il y a quelques surnoms qui sont indélébiles : le saucisson pur porc comme on l'aime chez nous, Velouté Fruix zzzzzzzz, Nutella. Tiens j'ai jamais eu droit à Bouboule, la Grosse, le Boudin... il faut croire que j'ai grandi dans un milieu subtil.

Il y a eu la banlieue lointaine, puis la banlieue proche, aujourd'hui la Capitale. Tiens je « suis montée à la Capitale » ! Une ambition? Lol Une réussite? Grmpf.

J'ai depuis toujours des habitudes de solitude alors que quand on est enfant il n'y a pas de barrières. Ben moi j'en ai toujours eu : j'ai longtemps pensé que j'étais une « handicapée ». Parce que pas comme les autres, pas d'attache, pas de parent, pas de frère et sœur, pas d'histoire à raconter le lundi matin ou au retour de vacances. Une fuite permanente pour effacer le court terme, en construire un nouveau et le remettre à la poubelle aussi vite de peur de s'attacher ou de souffrir.

Des foyers glaciaux, où mes camarades me faisaient peur : ces endroits là sont garnis de « petits durs » que l'orphelinat a « tanné ». Alors pourquoi pas moi? Je me suis bien construit une carapace avec le temps, mais ce qu'il y a derrière est extrêmement fragile et peureux.

Des familles d'accueil « usine » garnies de vrais et de faux enfants. Pour durer, il faut savoir se faire accepter et aimer. Moi j'ai toujours généré de la méfiance, de l'indifférence. Rien pour signer un contrat longue durée. Quand quelqu'un devait sauter c'était moi. Quantité négligeable.

En vieillissant, je réalise que je me suis attachée parfois : une grande sœur bienveillante, un papa attentif, une maman câlin, un chat qui ronronne. Mais malheureusement, plus en tant que spectatrice : la grande sœur veillait sur son petit frère, le papa riait avec sa fille, la maman câlinait son petit garçon, le chat se frottait à toute la famille sauf moi. Oui en les voyant s'aimer, on s'attache comme à des personnages de série. Ils ne nous voient pas, mais nous on les voit tout le temps. Au départ être spectateur fait du bien à l'âme, puis la frustration naît. On ne peut pas que rêver sa vie. Et là un visage sombre apparaît : la petite jalouse, l'ado agressive, la gamine envieuse. Une vie quotidienne qui devient difficile pour les autres : au début on n'existe pas dans la paix, puis on se met à exister dans la guerre. Et la famille se lasse, la petite grosse aussi, à force de ne pas goûter à ce dont elle rêve. On finit par ne pas l'aimer avant même d'avoir eu le temps de l'aimer un peu.

Cette situation aurait pu continuer comme ça. Mais vers la 3ème, vers 13-14 ans, la féminité s'exacerbe, la barbe pousse, les hormones se mettent à contrôler les interactions et tout se dérègle. A ce moment la petite grosse asexuée devient l'ado grosse et moche d'aujourd'hui. Et ainsi naît Sarah qui finalement n'a que 3 ans d'existence dans cet état.

Mes seins ont poussé, mes fesses, mes joues. Les garçons se sont mis à parler filles, petites amies, drague, pénis, capotes, puis « loches, bites et chatte ». Et certains se sont mis à toucher sans qu'ils y soient invités. Et là tout bascule...

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LUNDI 29 OCTOBRE 0h10 : ADIEU BLOUSON

Je suis sortie de ma chambre pour le dîner. Je ne pensai pas que la crise allait se prolonger. Alors que j'ouvrais la porte, je vis le Vieux passer avec le fameux blouson Newrock sur un cintre devant le regard ébahi de la Vieille :
- Mais qu'est-ce que tu fais avec ça?
- Il était dans mon bureau, je voulais rénover un peu le cuir, mais c'est trop compliqué de le garder
- N'importe quoi, qu'est-ce que tu vas en faire?
- Je vais m'en débarrasser une bonne fois pour toutes, ça restera toujours un mauvais souvenir, ça te rend folle
- T'es pervers à ce point?
- N'en fais pas tout un plat
- Tu veux effacer son souvenir hein? M'enlever tout ce qui me reste d'elle? Te débarrasser de tes actions passées?

Elle s'est avancée vers lui, il est resté dans un profond mutisme avant de lui claquer la porte au nez. Elle a fondu en larmes et est partie se cloîtrer dans la chambre secrète.

J'ai dîné toute seule, devant la télé. Il n'est pas revenu avant que j'aille me coucher, elle non plus. Bref j'ai passé une bonne soirée dans cette famille de cinglés. C'est pas net tout ça... la fille lui manque elle lui fait des reproches.

Elle ne viendra pas s'excuser, c'est sûr. Son énervement dépassait le cadre du blouson, elle ne supporte pas que le Vieux m'aime bien, j'en suis sûr.

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28 octobre 2012

DIMANCHE 28 OCTOBRE 17h45 : SORDIDE GUERRE DES NERFS

Un peu d'action et finalement je m'en serais bien passée! La Vieille a piqué une crise cinglante alors que je m'engourdissais devant la TV du salon : « Il a disparu, c'est elle qui l'a piqué! Je savais bien que ça finirait mal tout ça... » se dit-elle à elle-même en grognant et en cherchant partout. Mais en évitant de me parler soigneusement. C'est pire non? S'énerver contre quelqu'un sans le regarder.

Elle faisait des aller-retours, fouillait les placards. Je ne comprenais toujours pas ce qu'elle cherchait. Puis elle est rentrée dans ma chambre sans me demander mon autorisation. Ça m'a fait bondir de ma torpeur dominicale, mais j'ai décidé de jouer le même jeu qu'elle, l'indifférence. Et ça marche!!! Elle a sorti plusieurs fois la tête du l'embrasure de la porte de ma chambre pour me lancer un regard noir. Je faisais semblant de ne pas la voir, d'être happée par la TV, et mon calme (totalement joué, la marmite était en ébullition) l'irritait de plus en plus. Qui allait remporter cette guerre des nerfs?? Le dragon en furie ou la bouilloire sifflante en cachette?

Elle a su appuyer là où ça fait mal en piquant mon nouveau blouson dans ma chambre :
- C'est quoi ça?
- Qu'est-ce que vous voulez dire?
- Tu fais la collection? T'as foutu en l'air en l'air MON blouson et tu l'as remplacé?
La Vieille tenait le blouson avec mépris et sans respect pour le cuir, je vivais ça comme une gifle envers moi et envers David.
- Rendez-moi ça tout de suite! lancai-je enfin, agressée et agressive
- Ah voilà, on y vient! Rends-moi mon blouson, espèce de voleuse! T'en as fait quoi du mien? Comment tu l'as récupéré celui-là? T'as troqué le mien ?
- On me l'a offert généreusement, c'est pas comme vous, hystérique et protectrice avec votre ptit blouson chéri! Ça fait des semaines que j'ose plus y toucher d'ailleurs!
- Petite menteuse! Tu vas voir si je suis parano! Tu m'empoisonnes la vie depuis que t'es là, j'ai jamais vu ça. Reste à ta place!
- Et vous, restez à la vôtre! on rentre pas dans ma chambre et on se sert pas dans mes affaires!
- Et c'est toi qui me dit ça? Lança-t-elle d'un ton volcanique au bord de l'éruption.

Et là, la tension est passée en survoltage en une seconde! Elle s'apprêtait à déchirer mon nouveau cadeau en pleine rage, les dents serrées, alors j'ai bondi en tentant de lui arracher des mains. Mais elle tenait bon et on jouait comme deux furies à la corde. Le pauvre blouson au milieu. Évidemment il a fini par trinquer, on entendit un gros craquement de tissu. J'étais au bord des larmes, sans lâcher. Ses yeux respiraient la haine et la folie destructrice.

Cette violence de part et d'autre ne pouvait que mal finir, bien au-delà du blouson. Un grognement inattendu, presque divin, nous fit sursauter. La Vieille lâcha le blouson, décontenancée par le bruit. Je tombai à la renverse un instant, déstabilisée par mon unique force, avant de me rattraper tant bien que mal. Et là ma surprise fut encore plus grande que ma colère en découvrant l'origine du grognement : le Chien était sorti de son coma quotidien, et montrait les crocs. Et il fixait la Vieille. Il se calma, avant de passer sa gueule entre mes cuisses comme il aime si bien faire.

Mais l'événement n'allait pas s'arrêter là. Le Vieux rentra et vit mon empressement à aller me cacher dans ma tanière. Je claquai la porte, le Chien vint gratter à ma porte avant de s'avachir devant et de retrouver son confortable coma. Le Vieux commença son enquête, intrigué :
- Qu'est-ce qui s'est encore passé ici?
- Tu lui laisses tout passer, et voilà le résultat! Elle a volé un blouson en cuir tout neuf, je ne veux pas de voleuse chez moi.
- Mais qu'est ce que tu en sais?

Pendant que j'écoutais toute la conversation travers la porte, je vérifiai en larmes dans quel état se trouvait le blouson de David : la couture intérieure s'était déchirée. Puis leur discussion descendit d'un ton et je n'entendais plus rien.

Voilà.

Je pense à David qui m'a prêté ce blouson. Je me sens coupable. Je n'aurai pas pu le garder intact plus de deux jours. De plus, passé l'euphorie, je me sens un peu honteuse... J'ai l'impression d'être une clocharde qui a besoin de se faire subventionner des vêtements et qui n'inspire que de la pitié quand c'est pas du dégoût. Et puis mon avis change quand je me regarde à nouveau avec le blouson où je me dis qu'avec quelques étincelles mon cas n'est pas désespéré : je me sens un peu moins moche, un peu moins grosse qu'au début. Finalement j'aime le résultat, mais pas le moyen d'y arriver et les embûches pour y parvenir. Si au moins j'avais pu lui acheter. L'aumône comme ça c'est dégradant. Tous ces sentiments s'embrouillent dans ma tête, décidément ces histoires de blouson me font plus de mal que de bien.

Le cuir solide a résisté à notre furieuse dispute. Mais je n'ose pas le ramener à David avec la couture en miettes. Il va tout de suite s'en rendre compte, c'est dans le dos. Comment je vais faire?

C'est venu tout gâcher cette déchirure, parce que je suis persuadée que j'aurais pu donner le change : David ne parlera à quiconque de l'origine du blouson, il a insisté pour me le donner et ne demande rien, et j'aurais pu faire croire à tout le monde que je me le suis acheté moi-même grâce à mon goût certain (hum!). C'est quand on retire le pain de la bouche qu'il devient si bon.

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DIMANCHE 28 OCTOBRE 13h20 : BAVER!

Oui j'ai des dissert' interminables à pondre, oui j'ai une remise à niveau à faire. Oui je dois encore m'admirer avec ce blouson. Mais non ça ne va pas m'occuper toutes ces vacances, qu'est ce que je vais faire de mes dix doigts? Regarder la Vieille dans le blanc des yeux?

Elle est grise, s'habille comme une bonne sœur, ou une veuve en deuil. Ben oui elle est en deuil à cause de sa fille!! Et le Vieux s'habille comme un vieux bourgeois, friqué et has been. Il sent la naphtaline. Et elle sent l'eau de Cologne comme Mme Rondin.

Bref à part baver qu'est ce que je vais faire...

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27 octobre 2012

SAMEDI 27 OCTOBRE 23h55 : UN MAIL BIEN ENROBE

Je suis allée chez les voisins, assez discrètement. Car les Vieux m'ont à l'œil sur le sujet. Je n'ai plus grand chose à perdre avec la Vieille, mais avec le Vieux si! Et je reste perplexe sur ses avertissements, ou bien menaces. Dimanche dernier, pour ceux qui ne suivraient pas, le Vieux a sorti une phrase qui résonne dans mon cerveau « Si tu tiens à ton intégrité physique, fais en sorte de ne pas y retourner. Suis mon conseil »...

Quand je me suis retrouvée chez eux, j'ai été accueillie comme une reine! Yun So surtout m'a dit qu'elle s'inquiétait de ne plus me voir depuis le week-end dernier. Évidemment à force j'ai dû trouver une excuse : les Vieux et leurs menaces! Mais au fond de moi je sais que je mens. J'adore me rebeller contre leur autorité! En revanche, je fuis les Jeunes, c'est vrai. Mais je ne peux pas leur dire la raison... Je reste gênée, peut-être choquée ou déçue des bruits que j'ai entendus la nuit de dimanche à lundi. J'adore les scandales, les tromperies, les histoires de sexe un peu bizarres, mais pas à côté de moi, ça me fait peur et encore moins concernant des gens que j'aime bien. Mais je n'oserai jamais leur en parler. Je suis devenue méfiante, pourtant Yun So est vraiment la personne la plus sympa que j'ai rencontrée depuis mon arrivée. Même si j'ai l'impression qu'elle est un peu comme ça avec tout le monde.

J'ai eu une frayeur, l'accès à mon blog ne marchait plus. Et l'ordi des Jeunes a planté plusieurs fois. Alors je me suis imaginée que j'avais tout perdu, blog et fichier de retape. Et j'en ai eu des frissons comme si j'avais perdu un bout de ma vie. Mais ils m'ont expliqué que le disque dur était fatigué et faisait planter tout l'ordi surtout quand il est à côté du radiateur ou au soleil. Ouf après une heure de moulinage, mon blog marchait, mon fichier secret était bien là à son emplacement habituel. J'ai fait ma mise à jour.

Et puis j'avais une idée derrière la tête qui me trottait dans le cerveau depuis quelques jours... J'envoie un mail à la mère Rondin. La seule personne qui est dans ma liste de contact mail!

« Bonjour Mme Rondin
Un petit mail pour vous dire que tout va bien, les vacances commencent pour deux semaines.
Mes notes sont correctes et je me suis fait quelques amis.

Avec la famille d'accueil ça va et je souhaite que ça dure encore un peu. Justement afin de mieux m'intégrer avec eux, j'aimerais en savoir un peu plus sur eux. Et sur leur fille. Pour ne pas faire de maladresses. Je m'entends mieux avec la dame, et très bien avec le papa.

J'aime le quartier. Et je ne prends pas de poids. J'ai même commencé un régime en arrêtant volontairement le Nutella.

J'espère que vous allez bien.

A bientôt

Sarah »

Quoi? Ce ne sont que de petits mensonges. Hein? Ah bon on voit les ficelles? Ben oui j'ai tenté discrètement d'avoir des infos, en noyant tout ça dans un emballage un peu factice de bonheur. Vous inquiétez pas, elle n'y verra que du feu.

Kamil a débarqué, et j'ai osé le relancer sur la fille secrète de ma famille. Mais il m'a déçu : d'abord il a dit qu'il n'avait pas obtenu plus d'infos, puis a avoué qu'il avait oublié de redemander à ses parents. Tout ça avant de s'effondrer lamentablement sur le canapé. Yun So n'était pas contente : « Tu ne vomis pas sur le canapé cette fois-ci ».

Les gens bourrés me font peur, encore plus les garçons. Il était temps de partir. J'ai quand même une relation très superficielle avec eux mais je ne suis qu'une gamine pour eux. C'était déjà pas mal d'arriver à ce petit contact. Et je ressens une tension chez eux, la chose de dimanche dernier a dû laisser des traces...

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SAMEDI 27 OCTOBRE 17h : BILAN

1er jour de vacances, ça va être très long. C'est l'occasion de faire un bilan de ces deux premiers mois dans ce quartier.
Nombre d'amis : 0
Nombre d'ennemis : au moins 2, sans compter le Kevin-tête d'ange qui m'a aussi indirectement dans le collimateur. David n'en fait plus partie malgré mes bourdes.
Nombre de non amis, non ennemis : 3. Je viens de créer cette catégorie pour y ranger Kamil, Yun So et David. Désolé Marco, tant que je ne connais pas tes relations avec Alyssa, tu n'as pas droit à ta carte de membre.
Nombre de kilos : après vérification sur la balance, j'en ai pris 1,5 par rapport à mi août. J'ai d'abord exulté de joie. Après tout ce que je me suis gobé, c'est une aubaine. Mais je repense aux dîners frugaux de la Vieille, à mes déjeuners avortés à cause des batailles de purée ou de la qualité infâme de la cuisine, finalement c'est une piètre performance.
Moments de bonheur : 0. Enfin toujours un problème de définition sur ce mot
Quantité de larmes : 10 l, à mon avis. Forte déshydratation jusqu'à tarissement des sources ces derniers temps. Je m'endurcis chouette! Ou bien c'est de la chimie.
Nombre de bonnes notes au lycée : 0
Nombre de pots de Nutella de 750g avalés en 2 mois : 3. La Vieille refuse d'en acheter depuis qu'on s'est brouillées.
Nombre de nouveaux looks trouvés : 2. Même si la base ne change pas, un blouson change tout c'est la conclusion. 1er look avec le blouson Newrock de la Vieille (enfin de sa fille j'imagine), j'avais l'air rebelle, agressive, regorgeant d'assurance (enfin, relativement, par rapport à avant). 2ème look avec le blouson de David, très déroutant, je ne m'y habitue pas, ça m'adoucit, je suis plus féminine, plus grosse aussi.
Futur : incertain. Je dois tenter de calmer la pression que j'ai à l'école avec les Pestes, je n'arriverai pas à tenir un an avec une telle épée de Damoclès au dessus de la tête. Je dois régler le problème que j'ai avec la Vieille qui m'agace et commence même à faire peur. Pour cela, 2 armes : le passé et le Vieux. En découvrant le passé de ce foyer, je saurai enfin si je peux y rester quelques mois de plus. Ce sont mes 2 objectifs dans les prochains mois. Si pour le foyer j'ai des armes, contre les Pestes je n'ai aucune inspiration. J'aimerais comprendre comment tout a commencé et relire ma prose.
Blog : quelques visites et je me demande si c'est pas moi-même... Personne ne m'a contactée en tout cas. Donc si quelqu'un m'a lue ça ne lui a pas donné plus envie que ça. Normal, c'est moi-même! Et je vais pas me relire éternellement comme une vieille gaga...Mince... en fait je viens de vérifier j'en ai 78...non pas 78 ans! (ouh comme je suis pas drôle) Mais 78 visites depuis la mise en ligne. Je regardais le chiffre que sur 7 jours comme une gourde. 78 c'est beaucoup, c'est gênant. Mais je me rassure en me disant qu'il est facile d'échouer sur un banc de sable sans intérêt et d'en repartir aussi vite. Ce qui me touche le plus et que je viens de découvrir en cliquant sur l'onglet « commentaires », ce sont les 2 messages qui ont été laissés et auxquels je répondrai : perturbants, encourageants? Je ne sais pas. C'est comme si le blog, qui était comme un morceau de moi totalement contrôlé et caché, devenait adulte, visible et prenait son envol. Il devient réalité et me donne des responsabilités. Quel sentiment étrange!

Bon je vais devoir réfléchir à ce que je vais faire en vacances :
Mon enquête sur le passé des Vieux? Intéressant et amusant.
Faire mes devoirs et tenter de dépasser la moyenne? Indispensable mais hautement barbant.
Faire un régime pour rentrer dans le blouson? Bah je rentre déjà dedans et puis un régime je sais pas comment ça marche. Je vais pas me transformer en vache ruminant de l'herbe
Cinéma? Oui! Télévision? Oui! Dormir 12 h par nuit? Oui mais si je pouvais éviter les rêves...

Je ne me sens pas malheureuse là tout de suite et je n'arrive pas à comprendre cet état. Est-ce l'effet des vacances? Du blouson? Des 78 visites? Le fait de ne pas être malheureuse, n'est-ce pas le début du bonheur tout simplement?

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26 octobre 2012

VENDREDI 26 OCTOBRE 20h15 : CABINE D'ESSAYAGE

Ouh j'étais gênée. C'était atroce. J'ai stressé tout l'après-midi. Il m'a demandé où était « mon » bar, un peu méprisant le ton, non?

Personne n'écoutait rien en cours, c'était la foire. Comme d'habitude avant les vacances. Et cette année, la Toussaint c'est 15 jours! Retour le 12 Novembre. On a le temps de déconnecter... et de se morfondre. Bref, retour à nos moutons.

Je me suis mise à une table au bar, en l'attendant. J'ai commandé un coca, évidemment. Je rassemblais toutes les excuses possibles dans ma tête. Et je recherchais au plus profond de moi tous les rudiments de politesse qu'on avait cherché à m'inculquer. J'étais prête. J'ai soupiré plusieurs fois les yeux fermés.

Malheureusement, après un long soupir de souffrance, j'ai remarqué qu'il était là et qu'il m'avait vu soupirer. Ca n'a pas eu l'air de lui plaire. Il a ramené le blouson dans un plastique de protection transparent, il le portait comme une relique sacrée. J'ai bien vu que c'était du XS.
- David, tu veux quoi à boire?
- Comme toi, merci.
- Alors je te commande un coca non light, sans glaçon, et avec un citron?
- Peu importe, le voilà.

J'ai fait des gros yeux. J'ai commandé le coca. Je savais pas ce que je devais en faire du blouson :
- Ben Sarah, essaie-le.
- Ben le plastique?
Il a arraché la protection.
- La couleur est sympathique, il sent bon le cuir
- Il est marron, pas noir comme celui que tu portais. Et il sent le cuir qui a besoin de respirer. Offre-lui la liberté qu'il mérite.
- Il était à qui?
- A toi s'il te va.
Courage. La grosse et moche confond un bar avec une cabine d'essayage. Il m'a fallu longtemps pour l'enfiler, je ne savais plus comment mettre un blouson, la honte. J'ai tout de suite étouffé dedans : il est léger mais riquiqui. Celui de la Vieille faisait viril, plus lourd, plus large. Celui-là fait clairement plus féminin. Bon c'est pas parfait, mais c'est pas la catastrophe attendue. Ce qui n'arrange pas mes affaires : toutes mes excuses tombent à l'eau. J'essayais en vain de me voir dans le reflet de la vitrine avant que David tranche :
- Bon il te va bien, je le savais. Tu le gardes d'accord? expédia-t-il.
- Ben comme je t'ai dit...
- Tu l'essaies pendant quelques jours, et on verra, Sarah. Ok?

Je ne savais plus quoi dire, lui non plus. Il a bu son coca d'une traite, en me fixant. Il ne m'avait jamais autant matée, ça c'est sûr. Et moi je me forçais à porter ce truc bizarre, sûrement boudinant. Et puis j'ai vu qu'il était troublé :
- Je vais y aller, mon père m'attend pour dîner. Chez moi c'est strict.
- Je sais pas comment te remercier
- Ben on en rediscute!

Il s'est levé, m'a fait un clin d'œil forcé, puis s'est enfui comme un bagnard! Je l'ai suivi des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin de la rue. Avant de se volatiliser, il s'est arrêté un instant pour se frotter les yeux. Bizarre. Je paierais cher pour savoir tout ce qui s'est passé dans sa tête. Et je me retrouve comme une conne avec un cintre et un plastique de protection vide.

Après ce petit manège, j'ai vu que la mamie qui avait embrassé Alyssa l'autre jour était là à quelques tables et qu'elle me regardait avec le sourire. Elle ne décollait pas les yeux de moi. J'étais gênée, mais elle avait l'air tellement bienveillante. Pas de doute, elle a dû assister à ma scène de maladresse et ça a dû lui rappeler son enfance. Si c'est bien la grand-mère d'Alyssa, elle a l'air bien plus agréable. La pimbêcherie n'est pas héréditaire.

Elle a conclu par un visage d'admiration sur mon blouson. Enfin je l'ai pris comme ça. Faut que je vérifie ça devant une glace. Du coup je l'ai pas enlevé pour rentrer.

La Vieille ne m'a pas vue avec. Heureusement, je ne me sentais pas de l'affronter. Je me suis plantée devant tous les miroirs de la maison, sous tous les angles, toutes les coutures. Pour douter, confirmer, m'interroger, trancher, m'imaginer, me rejeter, m'accepter, me plaire, me cacher, me séduire, sourire, pavaner, m'afficher, faire la belle, m'imposer, assurer.

Mince une heure plus tard j'y étais encore et la Vieille devenait incontournable dans l'appartement. Elle a mis sa main devant sa bouche en me voyant. Et ça lui a cloué le bec! Une révélation? Une évolution? Une révolution? Une aberration? Un film d'horreur? Une transformation? Un relooking extrême? Tous ces sentiments ont dû traverser sa pensée.

N'importe quoi! Moi je suis survoltée : je suis changée. Je ne me reconnais pas tout à fait. Ni embellie, ni enlaidie. Ça me grossit, c'est un fait, mais c'est pas hideux. C'est tout ce dont je peux conclure pour le moment. Il y a de l'électricité dans ce blouson.

« C'est prêt !!!!!!!!!!!!!!! ». Allez je garde mon blouson pour le dîner.

Posté par sarah_ugly_fat à 20:15 - Commentaires [2] - Permalien [#]