J'étais bouleversée, sûrement livide, mais tout le monde s'en fichait dans l'antre de la débauche, mon appart' !

Je suis allée me réfugier dans ma chambre mais c'était plus fort que moi... Cette scène dans mon salon sonnait comme une provocation après cette confrontation traumatique !

Je m'étais empêchée de crier quand j'étais face à lui sans savoir pourquoi... Ben voilà, il fallait que ça sorte à un moment ou à un autre...

J'entendais des rires mal venus, des blagues de cul, et des odeurs de cigarette venaient me titiller les narines et me ramenaient trente minutes plus tôt dans l'enfer d'en face...

Je suis ressortie de ma chambre et j'ai poussé un cri hystérique tout droit sorti du cœur... On aurait dit le dernier souffle de la Callas avant de se faire trucider dans un film d'horreur par un serial-killer.

Ce cri quasi-cinématographique a tout de suite calmé la fête... Je me suis moi-même cassé les oreilles avec un hurlement pareil.

Tout le monde s'est retourné vers moi, effrayé ! Puis des chuchotements ont pris le relais... et pas des plus agréables...

« Elle est complètement tarée, ta copine, je l'ai toujours su... »

« Hé ben, ça doit pas être facile tous les jours... »

Le drame de ma vie : les gens parlent toujours de moi devant moi comme si j'étais pas là... Pourquoi ne connaissent-ils pas l'hypocrisie et la politesse ???

Passablement énervée, j'ai surenchéri et pas très subtilement... : « Dehors les sangsues ! Tous les inconnus, dehors, c'est chez moi ici ! »

« Justement on allait se casser, ça vous dit, y'a une after juste à côté ! » a balancé un ancien pote de S de David.

Et tout le monde s'est barré en un quart de seconde avec quolibets et regard narquois en bonus. Sauf que j'avais demandé aux inconnus de sortir, mais pas aux amis.

En une minute je me suis retrouvée seule... avec comme héritage une porcherie !

J'ai craqué sur le canapé pendant au moins quinze minutes en me disant que ma vie serait un cauchemar éternel. À ce moment-là, j'ai eu une pensée fugace que je regrette aujourd'hui... celle que la vie ne méritait peut-être pas d'être vécue... harcelée par une vieille connaissance, et lâchée par mes deux amis.

Mon premier geste instinctif a été d'ouvrir toutes les fenêtres de l'appartement... non par pour sauter du 2ème étage (je me ferais mal, ça servirait à rien!) mais pour aérer et évacuer l'atmosphère pourrie.

Puis j'ai allumé la télé, mis D17 pour avoir de la musique et j'ai fait le ménage de fond en comble. Je me souviens que la lumière commençait à s'éclaircir dehors...

À 9h du matin, les stigmates matériels de cette soirée diabolique étaient enfin effacés... mais pas les stigmates de ma mémoire.

Je me suis endormie, sans m'en rendre compte, devant la télé et j'ai été réveillée par le retour de David vers 16h. Il avait l'œil vitreux, j'ai tout de suite compris. Il n'osait même pas me regarder en face.

Il est parti dans la salle de bains avant d'aller se cacher dans sa chambre. Honte à lui !

Je me suis fait un petit thé et Ash est arrivée à son tour, visiblement de mauvaise humeur... Et elle n'a pas tardé à me faire part de son état d'esprit : « T'as fichu la fête en l'air avec ton hystérie ! On aurait dit une folle... On a parlé que de ça à l'after... Tu m'as trop mis la honte... »

Que répondre à ça ? J'ai levé les yeux aux ciel sans me démonter, elle a fini elle aussi par aller se cacher dans sa chambre.

J'ai monté le son de la télé afin d'oublier leur présence... et sûrement pour les faire enrager un peu.

Sûrement le début attendu de la fin annoncée d'un joli trio.