16 janvier 2014

JEUDI 16 JANVIER 2014 13h40 : VICTIME ET BOURREAU !

C'était horrible... Après 4 mois à dormir, on a passé 4 heures à trimer. Je crois qu'on a travaillé et avancé plus en 4 heures qu'en 4 mois... Un électrochoc épouvantable...

Mes doigts crient à l'arthrose et sont animés de spasmes. On a trois livres à lire pour la semaine prochaine. Je suis morte de fatigue d'avance... mais aussi après ce matin. Bon je me dis qu'elle sera peut-être plus là, la semaine prochaine comme elle l'a promis, et qu'on va peut-être pouvoir se passer de lecture...

En plus, la Mère Noël a parlé d'esclavagisme et d'aliénation par le travail... Ben c'est exactement ce que j'ai ressenti ce matin. De quoi s'identifier et bien imprimer le cours... ça c'est sûr... Je suis à la fois bourreau et victime... Victime d'avoir été bourreau !!! Pas mal comme thèse de dissert', je vais le noter.

Ash se ramène à ma table de paria à la cantine... Elle a envie de bavarder !
- ASH : Alors tu viens à Londres ?
- MOI : Ca dépend...
- ASH : Ben de quoi ? De pépette ?
- MOI : Oui par exemple...
J'ai pas oublié ma vraie condition sine qua non pour partir...
- MOI, faussement innocente : Et toi tu dors avec qui ?
- ASH : Ah bah comme prévu, je suis avec Quentin, et deux autres mecs qui sont en ES...
- MOI : Ah bah t'es au complet !
- ASH : Ben ouais c'est top, ça évite de se récupérer des boulets...
Je suis pas sûre qu'elle ait compris où je voulais en venir... mais sa réponse ressemble quand même à un coup de poignard pour moi. Je me mets à soupirer de désespoir... Bye bye London...
- ASH : Ben qu'est-ce qui t'arrive ? T'es toute chose...
- MOI : Ché pas...
Faut que je trouve, vite !
- MOI : Euh, c'est le prof de philo, ça me rend triste...
En plus c'est pas faux...
- ASH : Quoi tu regrettes l'autre nul ?
- MOI : C'est horrible ce qui lui est arrivé...
- ASH : Tu parles ! 3 mois d'arrêt-maladie !!!
- MOI : Ah bon ? T'es sûre ? Il a pas été viré ?
- ASH : Je suis déléguée, ou non... C'est la secrétaire qui me l'a dit.

Ah ben ça... ça me soulage d'un poids. Je ne suis plus bourreau, seulement une victime. C'est plus confortable. Tiens, je le note, ça me fera l'antithèse de la dissert'.

Et puis aussi, Londres c'est joué comme ça... Y'a pas d'autre chambre possible.

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JEUDI 16 JANVIER 2014 9h15 : LA MERE NOEL EN JAUNE

La Mère Noël est arrivée ce matin... en jaune canari. Après le rouge de décembre, le vert de début janvier, voilà le jaune, peut-être une référence à la Galette des Rois ?
Son arrivée ne m'a étonnée qu'à moitié...

« Bon comme vous avez pu le constater, il y a eu quelques dysfonctionnements avec votre professeur de philosophie. Je vais le remplacer aujourd'hui exceptionnellement afin de vous remettre dans le droit chemin. Mais ce n'est pas ma fonction puisque je suis inspectrice. L'Académie vous enverra en urgence un nouveau professeur qui vous guidera jusqu'au bac... en tout cas je vous le souhaite ! » Sur sa dernière phrase, elle a levé les yeux aux ciel. Encore une qui doit être exaspérée par les lenteurs de l'Éducation Nationale...

En tout cas, j'avais raison, il a été viré, et c'est de ma faute. C'est horrible. Je suis une monstrueuse patronne ! Hé oui, c'est comme si j'étais patronne non ? Avec cet indécent droit de vie ou de mort sur mes employés que sont mes professeurs... Mon dieu j'avais jamais vu ça comme ça, c'est encore plus abject...

Bon, au moins, ça c'est fait : je ne voudrais jamais devenir chef d'entreprise ni bourreau d'ailleurs. Je crois que faire souffrir les gens c'est pas pour moi. C'est une belle avancée, je suis pas sadique.

Je suis obligée d'arrêter d'écrire ce post... La Mère Noël va trop vite...

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15 janvier 2014

MERCREDI 15 JANVIER 23h10 : LA VIEILLE PIE 2

Chaque soir, un petit vent en pleine face. Faut dire que je cherche un peu les problèmes...

Réaction immédiate ce soir en ouvrant le frigo vers 21 heures :
- MOI : Non mais vous cherchez à nous faire crever de faim ?
- VIEILLE : Qu'est-ce que tu sous-entends là?
- MOI : Je sous-entends rien, je constate...
- VIEILLE : T'es vraiment qu'une gamine pourrie gâtée...
- MOI : C'est vrai qu'une salade verte périmée et un yaourt nature dans le frigo, c'est un luxe...
- VIEILLE : C'est bon pour ce que t'as...
- MOI : Et vous, c'est bon pour vous ? Vous êtes épaisse comme une feuille de papier...
- VIEILLE : Est-ce je te dis que t'es grosse comme un loukoum ?
- MOI : Vous venez juste de le faire...
Elle a hurlé et est partie dans sa chambre.

Elle est en train de craquer, faut que je tienne bon.

Mais après ça, j'ai faim... je me vais me faire livrer une pizza. Mon argent du poulet frit servira à quelque chose et puis au moins l'argent de la junk-food repart dans la junk-food.

En tout cas, j'ai l'impression que c'est le moment de me prendre en charge toute seule... c'est l'âge adulte qui vient me chercher un peu plus tôt que prévu. Je ferai avec.

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MERCREDI 15 JANVIER 2014 17h55 : CALIMERA !

Il n'y a pas pire que d'aller à la piscine quand il pleut. On est mouillé avant, pendant, après !

Cette semaine, je retrouve tous les gens qui sont tombés du ciel la semaine dernière :
Tina et Fatima à qui je manquais trop et qui comptent sur moi pour leur obtenir la même note en natation qu'en orientation... Pas gagné !
Oh Grégoire, mon beau Grégoire... celui qui hante mes rêves.... Sans déconner j'ai rêvé de lui dans la nuit de samedi à dimanche si je me souviens bien. Mais je n'ose pas trop raconter... Bon il avait un tout petit rôle, mais quand même... il arrivait à la fin de l'histoire... Bon bref...

La prof est là aussi, cette semaine. Mince...

Du coup les cailleras dondons restent avec Grégoire chez les « Bébés nageurs », et elles ont un cours particulier !!! En effet, qui aurait l'idée à part elles de choisir natation au bac sans savoir nager ? Mais ça ne semble pas choquer Grégoire qui aime partager son amour de l'eau... Mmh je m'éparpille.

De mon côté je me récupère la vieille sorcière de prof ainsi que les Nouvelles Pestes qui sont là depuis le début.

Finalement, je suis le dindon de la farce alors que tous mes chouchous vivent leur vie dans le petit bassin.

A un moment les deux cailleras ont fait une pause et sont venues me parler pendant que je faisais mes longueurs laborieusement :
- FATIMA : Y'a des courants d'air de dingue, je vais attraper le mal...
- TINA : Elle est gelée la flotte en plus...
Toujours au premier rang pour se plaindre. C'est ce qui fait leur charme j'imagine...
- FATIMA : Hé Sarah, mate le maître-nageur qu'on nous a collé...
- TINA : Il a trop le swag...
- FATIMA : Il est och le keum...
- TINA : Trop de la balle, je kiffe...
- FATIMA : Rêve pas, ça va te donner le sum...
- MOI (essoufflée) : Taisez-vous je me concentre...
- TINA : Relou la sale meuf...
- FATIMA : T'inquiète, Tina, elle est jalouse...
C'est elles, les relous ! Mais je veux bien assumer d'être la jalouse... Ça y est, elles ont flashé, elles aussi. Ça serait tellement plus pratique de flasher sur un mec que personne n'a remarqué... non faut que je flashe sur le plus beau, comme si je pouvais me le permettre...

Une dizaine de minutes plus tard, j'entends les Pestes dans la longueur d'à côté :
- SONIA : J'ai jamais vu un mec aussi beau...
- ALYSSA : Oh du calme la chaudasse, il est pour moi...
- SONIA : Tu crois qu'il s'intéresse à une fille de ton âge...
- ALYSSA : De notre âge tu veux dire...
- SONIA : Ouais ouais...
- ALYSSA : Tu paries ?

Ah non, si elle se met à parier, elle risque de gagner !

La suite, je n'ai pas vraiment fait exprès. Elles étaient dans le couloir juste à côté et j'ai fait un mouvement de pied de travers :
- ALYSSA : Aïe y'a une connasse qui vient de me donner un coup !
- SONIA : Ouais mais c'est pas n'importe laquelle...

Ouh la la je me suis décidée à accélérer la cadence, par peur des représailles.

Quelques minutes plus tard, j'ai senti une main se poser violemment sur ma tête... et hop le bonnet de bain envolé :
- SONIA : Regarde Alyssa ! la Grosse sans sa moumoute...
- ALYSSA : Hé mais on dirait qu'elle déteint dans l'eau...

Oui bah je voulais pas le dire. Bon, j'ai tenté de me faire une couleur le week-end dernier. Résultat mes cheveux n'ont pas changé d'un iota, c'est comme si j'avais rien fait... Mais là je me retourne... Derrière moi je laisse une traînée boueuse, c'est dégoûtant. Les Pestes sont pétées de rire.

Je récupère mon bonnet qu'elles ont abandonné en plein milieu de la piscine... Tiens il a rétréci... Tiens y'en a un autre là... Tiens on dirait qu'il a été déchiré en deux !!!

« Bande de pétasses ! », voilà la seule chose qui me vient à l'esprit et que mon cœur hurle par dépit. La prof siffle méchamment en ma direction, et me fait signe de sortir de la piscine :
- PROF : Pas d'insulte dans mon cours, t'iras chez le CPE demain... Et tu vas me faire dix longueurs de plus...
- MOI : Mais madame...
- PROF : La ferme ! Va nager...
- MOI : Vous voyez la traînée noire qui se balade dans la piscine...
- PROF : Ouais, et ?
- MOI : Ben c'est mes cheveux...
- PROF : Mets ton bonnet !
- MOI : Bah j'en ai plus, on me l'a déchiré...
- PROF : Han mais c'est pas possible d'être une feignasse pareille... avec toutes les excuses pour rien foutre, mais qu'est-ce que t'es venue m'emmerder ici...
Je bous mais je me tais, ça risquerait de mal finir.

Je suis allée bouder aux vestiaires. C'est vraiment trop injuste ! Hé oui je suis une vraie Caliméro au féminin. « Caliméra » ?

En tout cas, c'est mon coup de pied involontaire qui a tout déclenché... Après certains diront que c'est un acte manqué... Oui, bon bah je vais pas le nier. Pas touche à mon Grégoire...

Me voilà bonne pour retrouver le CPE... cet idiot.

Mais ça ne s'est pas fini comme ça...

Dans les vestiaires, Alyssa et Sonia regardaient dans ma direction et celles des cailleras. Et ces dernières n'ont pas du tout apprécié ce regard...

Au moment de sortir, Tina et Fatima ont poursuivi les deux Pestes et les ont bousculées, assez violemment même.
- SONIA : Oh les truies vous vous prenez pour qui ?
- TINA : Dis c'est oit la meuf relou qui a arraché le bonnet de ma frangine...
- ALYSSA, à Sonia : Mais quelle langue elle parle...
- SONIA, aux Cailleras : Bouffe ta langue !
- FATIMA : C'est pas parce qu'on est grosse qu'on sait pas se défendre...
- TINA : Wesh cousine, et on a beaucoup de cousins...
- ALYSSA : Mais qu'est-ce qu'elle veut dire ?
- SONIA : V'là qu'elles ont formé un clan, et qu'elles nous menacent...
- ALYSSA : On va pas se laisser faire...
- SONIA : Laisse tomber, on se tire...

Ah bah ça ! Alyssa et Sonia ont battu en retraite, c'est déjà exceptionnel...

Mais, si j'ai bien compris, Tina et Fatima ont attaqué les deux pestes en représailles au bonnet et pas seulement en réponse aux regards méprisants des Pestes... J'en reviens pas. C'est la première fois que quelqu'un prend ma défense !

Mais le plus étonnant, c'est que moi, la plus solitaire et individualiste de la planète, je ferais maintenant partie d'une tribu ??? Peut-être bien la tribu des « Caliméra » ???

Mon dieu, faut que je trouve le mode d'emploi !

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14 janvier 2014

MARDI 14 JANVIER 2014 22H15 : LA VIEILLE PIE

Je cherche désespérément à trouver une solution pour faire venir David dans l'appart' afin qu'on continue notre petite enquête... Mais la Vieille est toujours là, alors j'essaie de glaner des infos...
- MOI : Vous allez plus à votre paroisse ?
- VIEILLE : En quoi ça te regarde ? Tu crois que j'ai le temps ?
- MOI : Ben oui, vous faites rien de la journée.
- VIEILLE : Tu crois que j'ai pas assez de soucis comme ça...
- MOI : Il est où le Vieux... euh je veux dire votre mari ? Toujours en prison ?
- VIEILLE : Ça te regarde pas non plus.
- MOI : Donc il est en prison. Vous allez pas le voir de temps en temps ?
- VIEILLE : C'est quoi toutes ces questions ? C'est la Gestapo ?

Mmh visiblement l'interrogatoire frontal n'est pas la bonne méthode avec cette vieille pie pas très bavarde. Ou alors elle se doute que je veux la dégager pour fouiller... Comment je vais faire... ?

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MARDI 14 JANVIER 16h40 : LONDON YES OR NO ?

Entendu ce jour à mon cours d'Arts Plastoc, la Gothique en train de passer un appel en plein cours : « Ah ouais super, c'est des chambres de trois. Alors on se met ensemble ? Toi, Sonia et moi ! On va s'éclater ! »

Tu parles, une vraie association de « malfaitrices » ! Elles vont faire tourner tout le monde en bourrique, et sûrement moi en premier.

A cela s'ajoute que je n'ai personne pour dormir avec moi.

Je devrais dire non.

Mais pourtant découvrir Londres ça me tente trop...

Allez, je fais un pari avec moi-même : si Ash accepte de dormir avec moi, je valide Londres. Sinon je reste à Paris. Ça me paraît être un bon compromis.

Peut-être risqué, non ?

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13 janvier 2014

LUNDI 13 JANVIER 2014 17h05 : EFFET DOMINO

Le cours du prof de philo a encore été annulé aujourd'hui. Ça sent la fin.

Ça me touche tout particulièrement : non pas que je le porte dans mon cœur... mais c'est moi qui ai alerté le Proviseur de la nullité du prof de philo dans un entretien où il me mettait la pression pour que j'aie sa mention (cf post du 24 novembre 2013 13h30). Je pense que tout part de là... s'enchaîne ensuite la visite de l'inspectrice académique (cf post du 19 décembre 2013) puis son retour (cf post du 9 janvier 2014 12h40). Lors des 2 cours où l'inspectrice observait dans le fond de la classe, le prof a jeté l'éponge avant la fin, à chaque fois.

Il a été absent les deux derniers lundis. Je pense que sa carrière ici est finie...

Comme le Proviseur tient à tout prix à sa mention Très Bien qu'il imagine que je vais lui ramener les doigts dans le nez..., je pense qu'il ne fera pas de quartier avec le prof bancal.

Encore un effet domino incontrôlable... En résumé, moi Sarah, 17 ans, toujours grosse et moche, j'ai viré un prof. C'est horrible.

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LUNDI 13 JANVIER 2014 13H45 : FAIRE LE POINT

J'ai mal dormi. Mon cerveau est en ébullition.

Je pense à la Mamie, mais je n'ai pas de solution.

Je pense à mes conditions de vie actuelles qui ne seront pas vivables longtemps. La Vieille ne me dit rien et ne me dévoilera jamais rien de ce qui s'est passé le soir de Noël. Où est son mari ? Pourquoi a-t-il été emmené par la Police ? Pourquoi l'appartement a été scellé pendant quelques jours entre Noël et le Jour de l'An ? Pourquoi a-t-elle été relâchée sans lui ?

Elle ne fait plus aucun effort avec moi, ce qui tranche avec ces derniers mois où elle changé radicalement de comportement. Depuis le début du mois, elle n'a jamais été aussi froide. Elle me tolère.

J'ai aussi l'impression qu'elle dépérit. Elle ne mange pas, elle maigrit de jour en jour, elle se laisse aller. Soit elle reste enfermée dans sa chambre mystérieuse, soit elle me colle au train dans tout l'appartement. Au choix !

Parfois je me dis que je me fais du mal à rester ici... Mais je reste accrochée à mes positions : je ne veux pas quitter mon quartier, ni mon école. Si je retourne au foyer ou si je change de famille d'accueil, je changerai de lycée comme à chaque fois. Et mon histoire ici n'est pas finie...

J'ai depuis toujours la curiosité de découvrir ce que les Vieux cachent... Mais aujourd'hui la découverte de ces secrets devient vitale : pour rester, pour me défendre face à la Vieille, pour en apprendre encore plus...

Je n'oublie pas que 2 copies de mon bracelet ont été volées dans cet appart'. Je voudrais comprendre pourquoi. Car l'original, mon bracelet est le symbole de mon passé, vide de toute histoire.

Alors, oui je m'accroche. Et mon enquête qui m'amusait l'année dernière est devenue une question de survie aujourd'hui.

Mon intuition me dit que tout ça vaut le coup, quitte à m'y brûler les ailes...

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12 janvier 2014

DIMANCHE 12 JANVIER 2014 22H50 : LE PLAN

« Dslé trop tard », lui ai-je répondu.

« On va courir quand tu veux »
Ben il s'accroche aujourd'hui. Après m'avoir jetée comme une m... ce vendredi à la cantine.

« Ok ben 20h alors »

« Je serai là à 19h55 »
Mince j'avais imaginé le décourager avec cet horaire.

Au début nous avons couru en silence. Moi dans ma morosité de ce chaleureux contact avec la Mamie et aussi toujours dans ma déception de vendredi avec David. Lui peut-être dans l'embarras, je ne sais pas. C'est lui qui a pris les devants finalement :
- DAVID : J'ai plein d'idées pour élucider tes mystères dans l'appart'. Tu m'as parlé de la chambre de la Vieille qui est la chambre de sa fille aussi et dans laquelle tu peux plus aller... Ben on pourrait mettre une webcam discrète branchée sur le wifi de tes voisins...
- MOI : Quelle horreur, j'ai pas envie de la voir toute nue...
- DAVID : Berk, quelle idée... Tu sauras s'il y a quelqu'un d'autre... puisque tu m'avais parlé de voix d'ado...
- MOI : Ouais... tu saurais faire ça ?
- DAVID : Attends... tu sais à qui tu parles ?
- MOI : Et la pièce secrète du fond ?
- DAVID : Elle est toujours fermée ?
- MOI : Oui... mais y'a plus les ronronnements la nuit, j'ai l'impression que la police a enlevé le frigo... enfin si ça en était bien un... Et y'a plus non plus de consommation électrique bizarre la nuit...
- DAVID : Et l'odeur ?
- MOI : Mais c'est vrai l'odeur... je me suis même pas posé la question... Et pour la webcam, je peux la fixer toute seule ?
- DAVID ; Faut configurer avec le wifi...
- MOI : Faut vraiment que je te fasse rentrer dans l'appart'...
- DAVID : Tu me préviens, j'accours...
Toute cette discussion ne résout pas les problèmes, la Vieille n'a jamais été aussi présente dans l'appart', elle me surveille sans cesse du coin de l'œil...

Je dois encore et encore et encore réfléchir...

En tout cas, David a tout fait pour se rattraper... Il est devenu très incohérent, passant d'un masque à l'autre... ou bien surtout alternant son vrai visage avec celui d'un monstre.

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DIMANCHE 12 JANVIER 2014 18h45 : LA VISITE BUCOLIQUE

J'ai enrobé un peu la vérité hier lors de ma discussion avec Marco, je voulais être sûre de ne pas tomber nez à nez avec la mauvaise personne... Ouf, Marco m'a confirmé hier que lui et son père avaient rendu visite à la Mamie ce samedi et que cette visite était hebdomadaire...

Le champ était donc libre ce dimanche !!!

Je me suis renseignée sur les heures de visite sur Internet. Après 45 minutes de trajet dont une moitié en RER en dehors de la capitale, je me suis retrouvée dans la banlieue. J'avais prévu mon plan papier (car mon portable ne fait pas GPS, faut pas pousser, c'est une antiquité). 5 minutes plus tard, j'étais devant une grande grille fermée qui laissait entrevoir un immense jardin et un château dans le fond du parc.

Quand on m'a demandé de montrer patte blanche à l'entrée piétons du parc puis à l'accueil du château, je me suis présentée comme Alyssa, sa petite fille. Personne ne m'a demandé de pièce d'identité.

On m'a indiqué le numéro de sa chambre. Personne quand j'ai frappé. J'ai ensuite demandé au personnel médical et on m'a assuré que je la trouverais dans le salon. J'ai fini bredouille également. Je me suis adressée à une autre infirmière : « Ah Mme Rinaldi... ouh elle est pas commode et elle veut pas se mêler aux autres, et ben tant pis pour elle ! »

J'ai essayé de me mettre à sa place et d'imaginer où elle pourrait avoir envie d'aller...

Ou l'ai-je vue le plus souvent ? Au bar oui... mais ici y'en a pas. Puis une deuxième idée m'est venue à l'esprit... J'ai regardé par toutes les fenêtres à la recherche d'un banc ! R.A.S.

J'ai demandé à l'accueil et on m'a enfin donné une vraie piste : « Des bancs ? Euh... oui, il y en a au fond du parc..., mais vraiment tout au fond. » Ben oui, je ne compte plus le nombre de fois où on s'est rencontré, où nous avons discuté sur ce banc, celui que j'appelle MON banc, celui que je vois de ma fenêtre-vigie. Ce banc où elle est venue me chercher ce 25 décembre au soir...

J'ai couru tout là-bas au fond du jardin dans la pelouse boueuse, enfonçant mes shoes dans la gadoue un peu plus à chaque fois... Après tous ces marécages, la Mamie était bien là, sur un des 3 bancs. Son regard était vide jusqu'à ce qu'elle distingue au loin ma silhouette. Quand elle m'a reconnue, elle s'est levée brutalement et a masqué son émotion avec sa main.
- MAMIE : Sarah ! Tu es venue... Incroyable... c'est incroyable...
- MOI : Je suis trop contente de vous voir.
Je lui ai sauté au cou, et elle m'a prise dans ses bras.
- MAMIE : Tu as fait tout ce chemin pour moi...
- MOI : Mais c'est hyper court...
- MAMIE : Et pourtant je me sens si loin de vous tous...
- MOI : Vous êtes pas trop malheureuse ici ?
- MAMIE : Oh... Comment s'est passée ta rentrée ?
- MOI : C'était difficile... et j'ai beaucoup pensé à vous...
- MAMIE : C'est vrai ça ? Je suis très touchée... Mais ça ne doit pas te déconcentrer...
- MOI : Ça serait plus facile si vous étiez restée dans le quartier...
- MAMIE : Je n'ai pas trop le choix tu sais...
- MOI : Ah... c'est la santé...
- MAMIE : Je vais très bien...
- MOI : Ah... Mais...
- MAMIE : Ma famille ne veut plus de moi, qu'est-ce que tu veux...

Je l'ai regardée avec plein de tendresse, enfin j'imagine... parce qu'elle m'a reprise dans ses bras. Et j'ai pas pu m'empêcher de renifler tout en masquant une émotion bien plus forte...
- MAMIE : Ne sois pas triste...
- MOI : C'est bête, je suis à fleur de peau...
- MAMIE : Tu es aussi très fleur bleue...
- MOI : Je sais je suis ridicule...
- MAMIE : Oh non Sarah, ne change rien en toi. Je dirais même que tu es « à fleur bleue de peau »

Nous avons aussi partagé un beau silence. En contemplation devant les arbres dégarnis de l'hiver. Dans l'humidité et la douceur de ce mois de janvier.

- MOI : Je viendrai vous voir toutes les semaines, je vous le promets...
- MAMIE : Mais non, tu n'es pas obligée...
- MOI : J'ai besoin de respirer l'air frais de la campagne...
Elle a ri et n'a pas commenté.
- MOI : Je comprends toujours pas pourquoi vous pouvez pas rester chez vous, vous avez pas besoin de votre famille...
- MAMIE : J'ai un peu froid... on rentre ?

J'ai pas osé insister. Mais je ne désespère de faire pour elle ce qu'elle a fait pour moi.

Je l'ai quittée avec bonheur et nostalgie en même temps. La revoir comme je la connais me fait beaucoup de bien. Mais c'est court, presque fugace. Je ne peux pas tout lui dire ce que j'ai en tête. Je ne dois pas la brusquer. Je sais qu'elle ne me dit pas non plus le fond de sa pensée afin de me protéger. Peut-être qu'elle sait ce que j'imagine et ne veut pas y penser... Je dois réfléchir, plus, encore plus... Et ne rien faire brusquement.

Je sais simplement qu'on ne peut pas séparer deux êtres abandonnés par leur famille et qui ont envie de se retrouver. Même si je ne sais pas comment faire...

Quand j'ai vérifié mon portable une fois assise dans le RER, j'avais un message de David : « Hi Sarah... on va courir ? 18h ? » Il était déjà trop tard.

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